Tirana : cafés, rencontres et découvertes

Nous quittons le Monténégro pour arriver en Albanie. Ce pays souffre d’une mauvaise réputation (qui n’a jamais entendu parler des mafias albanaises ?) et est resté fermé très longtemps au monde extérieur au 20ème siècle. Aujourd’hui, l’Albanie est le deuxième pays le plus pauvre d’Europe (derrière la Moldavie), les routes sont “réputées” pour être parmi les plus meurtrières… Bref, nous avions hâte de vivre par nous-mêmes ce dépaysement.

Grand bien nous en a pris, puisque l’Albanie restera l’un des coups de cœur de notre voyage !

L’aventure albanaise commence dans un camping de la ville de Shköder (toute ressemblance avec le méchant des tortues Ninja est fortuite). Nous comptions profiter de la matinée le lendemain pour visiter cette belle cité. Malheureusement, nous sommes réveillés par un énorme orage (presque au niveau de celui de Cracovie) et il nous est impossible de nous aventurer dehors. Nous attendons que ça se calme puis reprenons la route, car les parents de Jane atterrissent à Tirana quelques heures plus tard. La route n’est pas en si mauvais état que ce que nous craignions, et hormis une fin de parcours sur des routes de campagne, nous arrivons à bon (aéro)port (…)

Nous retirons des leks, la monnaie albanaise, et mangeons un morceau en attendant Éric et Marie-Christine. L’aéroport se nomme “Nene Teresa”, car, oui ! Mère Teresa est certes née à Skopje, en Macédoine, mais s’est toujours revendiquée comme albanaise. L’aéroport n’est pas très grand, et nous n’avons pas de mal à les retrouver. Ils ont l’immense honneur de monter à bord de Benedict et nous partons tous les quatre vers la capitale albanaise. Nous avons réservé un AirB&B dans le centre, suite à l’annulation en dernière minute du premier appartement réservé. Heureusement, nous ne sommes pas en pleine saison et les hôtes ont été réactifs. Ils sont Italiens mais vivent depuis plusieurs années en Albanie et nous accueillent donc dans la rue où se situe l’appartement. Très sympathiques, ils montent même dans le van pour nous aider à trouver une place de parking non loin de l’appartement, en dehors du stationnement de rue anarchique.

Apercevez-vous Benedict caché derrière les poubelles ?
Les étals du marché

Enfin installés, nous prenons nos marques dans “notre” quartier, qui se révèle très agréable : en effet, c’est le quartier du “nouveau marché”, et de nombreuses échoppes proposent des produits locaux, bien souvent à des prix défiant toute concurrence ! (3€ le kilo d’olives par exemple). De nombreuses terrasses bondées sont remplies d’Albanais qui s’adonnent à leur sport favori : regarder passer les gens en buvant du café, ou un raki, l’équivalent de la rakija des Balkans slaves.
Nous faisons ici une petite précision utile : les Albanais sont majoritairement musulmans (les recensements ne sont pas tous d’accord et donnent entre 51% et 79% de musulmans) et l’Islam pratiqué y est libéral. En effet, historiquement c’est le bektashisme qui s’est imposé dans ce pays, et si les représentants de ce courant ont été persécutés pendant la dictature communiste, de nombreuses traces subsistent. Ainsi, les Albanais boivent souvent de l’alcool voire mangent du porc. En ce qui nous concerne pour ce premier soir, nous mangerons du poisson dans un très bon restaurant, en risotto ou dans des linguine aux fruits de mer.

Le lendemain, c’est par un café en terrasse que commence la journée. Eric discute avec notre voisin, un médecin militaire retraité qui parle notre langue, pendant que les autres commandent des espresso dans un albanais hésitant : il faut dire que les mots sont à rallonge. Rien que “merci” se dit “faleminderit”.
Nous nous baladons ensuite en ville, où l’on découvre la place principale de Tirana.

Mosaïque sur la place centrale de Tirana, la mère patrie guidant les Albanais vers la liberté
Papi connecté

La place est dominée par une grande statue de Skanderbeg, le héros national : celui-ci est né Georges Castriote, fils d’un seigneur albanais du XVième siècle obligé de payer un tribut à l’Empire Ottoman. Élevé en otage à la cour du sultan, il y fait ses classes et décroche quelques victoires militaires pour les Turcs, y gagnant le surnom de Iskander-bey, le “prince Alexandre”, en référence à Alexandre le Grand. Par la suite, il retourne sa veste et décide de se battre contre les Ottomans pour que le fief de son père et le reste de l’Albanie quittent le joug de la Sublime Porte. S’ensuivent des combats pendant une vingtaine d’années. Il se fait de plus le défenseur de la chrétienneté dans les Balkans et est donc soutenu par les républiques chrétiennes voisines (Venise, Raguse…), le royaume de Naples ainsi que par la papauté pour tenter d’enrayer la conquête ottomane. Malgré de nombreuses victoires, 12 ans après la mort de Skanderbeg l’Empire Ottoman parvient à reconquérir l’Albanie, qui ne s’en libère qu’au début du XXème siècle. Skanderbeg inspira de nombreux artistes à travers l’Europe : Lord Byron et Ronsard lui ont dédié un poème, Vivaldi un opéra, mais on trouve également de nombreux livres en toutes les langues sur sa vie et ses victoires. Les Albanais ont par la suite un peu mis en sourdine l’aspect “défenseur de la chrétienneté” pour en faire un symbole de l’unité du pays et de la lutte contre l’oppresseur : le drapeau de l’Albanie représente les armoiries de Skanderbeg et la forme unique de son casque est reprise sur un certain nombre de décorations.

Le logo de la marque de station-service est le casque de Georges Castriote Skanderbeg
L’impressionnante – et un peu kitsch – église orthodoxe de la résurrection du Christ, inaugurée en 2012
Devant l’église

La ville est en construction perpétuelle, la plupart des bâtiments de la capitale sont récents et nous constatons encore beaucoup de travaux : gratte-ciels, nouvelles mosquées… nous savions déjà que contrairement à la plupart des capitales européennes, le charme de Tirana ne réside pas dans son cachet historique, mais nous apprécions néanmoins l’impression d’effervescence et l’appropriation du béton par la couleur : de nombreuses façades sont ainsi repeintes et de très beaux graffs se nichent un peu partout.

À deux pas de la place Skanderbeg
L’un des immeubles encadrant le nouveau marché
Des fausses cigognes se sont installées sur les lampadaires

Le midi nous déjeunons avec des amis parisiens qui se trouvent par un heureux hasard être en Albanie depuis deux semaines pour visiter le pays, et repartent le lendemain : une bonne occasion de saisir leurs impressions et leurs recommandations sur nos prochains jours !

Nous visitons ensuite plutôt la rive sud de la Lana qui comportent deux éléments clés du Tirana moderne : la pyramide de Enver Hoxha et le quartier Blloku. La pyramide est une construction de béton et de verre construite par la fille du dictateur à sa mort : elle a eu divers usages mais est aujourd’hui totalement à l’abandon et plutôt délabrée. Est-ce un symbole fort de la critique de la dictature, une des plus sanglantes et oppressives au monde ? On dirait surtout que Tirana ne sait pas trop quoi faire de ce moment en plein centre-ville…

La pyramide

Quant au quartier du Blloku, c’était l’ancien quartier des dirigeants pendant la dictature communiste (1946-1991), abritant la maison d’Enver Hoxha et de son gouvernement : l’accès au quartier était complètement interdit et gardé, et c’est donc avec bonheur que les habitants se sont réapproprié les lieux. On y trouve désormais de nombreux hôtels, bars et boîtes de nuit, mais l’ambiance un peu m’as-tu vu ne nous plaît pas beaucoup et nous y prenons un verre rapidement avant de rejoindre notre appartement. À noter, c’est le soir d’Halloween et les bars ont mis le paquet en matière de décoration. Idem, de nombreuses familles déambulent dans les rues, tous les enfants étant déguisés : nous nous interrogeons sur la fascination exercée par la culture américaine sur les Albanais.

Vitrine du Blloku : rassurez-vous, on n’y vend pas de petites filles
Décorations d’Halloween en arrière plan

L’heure est la même qu’en France, mais il fait nuit à 16h30 : il est plutôt agréable de voir autant de monde dehors la nuit, et la ville se pare de belles couleurs également.

Le nuage, soir d’Halloween
Petite fille impressionnée par le déguisement de Jane

 

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